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Interview

Published on June 22, 2020 here : https://www.linkedin.com/pulse/leadership-interview-4-virginie-martins-de-nobrega-femme-derolez/

Nous recevons aujourd’hui Virginie Martins de Nobrega, dirigeante du cabinet Creative Resolution, également avocate et consultante internationale, à la personnalité attachante qui oeuvre dans différents domaines dont celui de l’intelligence artificielle et de l’innovation, Virginie est également médiatrice auprès des entreprises et a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses.  

Virginie, vous êtes investie auprès des entreprises, organisations et associations pour créer des ponts avec la sphère publique internationale, vous avez à cet égard fondé votre propre cabinet. Pourquoi l’entrepreneuriat ?

L’entrepreneuriat, plus précisément l’exercice à titre individuel, n’était pas nécessairement une option que je privilégiais au début ; et ce bien que cela était une vague idée sur le long terme dans le cadre d’une éventuelle fondation pour répondre aux défis sociétaux et environnementaux. Mais, à un moment, cela s’est imposé malgré des doutes et des perceptions erronées sur les qualités de l’entrepreneur. Me lancer fut pour moi la manière de combiner au mieux, à un moment donné, mon envie d’aller de l’avant, d’être force de proposition, d’être aux prises avec les défis de mes clients tout en étant absolument libre de mes choix. J’ai également tenté l’aventure avec des associés dans des cabinets de niche en médiation internationale. Ce que je retiens fut mon désir de combiner nos forces pour réaliser une vision commune toujours aussi ambitieuse : être des catalyseurs du changement en vue de promouvoir le progrès social et économique pour tous. Cela continue d’être mon moteur. L’entrepreneuriat, c’est aussi apprendre de ses échecs et se réinventer. Aujourd’hui, je pense sincèrement que plus qu’une façon d’exercer, l’entrepreneuriat est une façon d’être, qui peut tout aussi bien s’épanouir dans l’entreprise que tu créées ou dans une organisation. D’ailleurs, cela fait quelque temps que je m’interroge sur la pertinence de mettre toute la richesse de cette expérience au sein d’une organisation pour contribuer différemment aux défis internationaux des ODD.

Vos métiers sont souvent mal compris, alors pourquoi ce choix qui semble a priori difficile et ardu ? Comment voyez-vous l’évolution de vos métiers ?

Conduire des analyses transversales, concevoir des plaidoyers, défendre, plaider, donner de la voix en étant un acteur privilégié et engagé de la société a très tôt été une évidence pour moi. Au-delà d’un métier, c’est le vecteur d’un engagement politique aux défis internationaux. Défendre, oui. Mais toujours au nom d’un idéal qui inspire, rappelle à l’ordre, pousse aux questionnements et à douter, nous empêchant ainsi d’être serviles. Pour moi, c’est ça la vraie défense d’intérêts. Art délicat et exigeant qui justifie des prises de position fortes pour la défense d’intérêts et de droits dans le respect de l’intérêt général. Au-delà de l’avocature, c’est dans les affaires internationales que je retrouve le mieux cet engagement politique, bien que non politisé, au profit d’un projet de société et de civilisation. Les ODD des Nations Unies sont en cela une belle ambition et une feuille de route inspirante.

Quant à l’évolution de ces métiers, je pense que tous les métiers qui nécessitent un esprit de réflexion, un esprit critique, une pensée transversale, une dose d’idéalisme ancrée dans le pragmatisme sont et seront encore plus d’actualité à l’ère de la 4ème révolution industrielle. Repenser nos sociétés et mettre enfin en œuvre les idéaux des textes internationaux (Déclaration universelle, Conventions internationales, Charte des Nations Unies, ODD…) pour le progrès pour tous nécessitent des métiers qui défendent des idées, des projets et des intérêts. Je crois que le vrai progrès est de mettre les nouvelles technologies au service des défis environnementaux et sociétaux. La technologie pour la technologie n’est pas source de progrès en soi.

Pour exister une entreprise ne peut fonctionner en silo, elle doit prendre en compte les enjeux contextuels, comment agissez-vous au niveau de la gouvernance des entreprises ?

Je n’ai jamais cru à l’approche en silo. Du moins, elle me parle moins. J’aime l’interdisciplinarité car tout système s’inscrit dans un tout qui l’influence, le modèle et avec lequel il interagit. D’ailleurs, nous avons créé des systèmes politiques, économiques et financiers ‘hyper’ interconnectés. Nous devons donc apporter ensemble des solutions aux défis actuels afin de combiner nos forces et voir plus grand. S’agissant de la gouvernance des entreprises, j’ai eu l’opportunité de participer à une initiative pour ‘verdir la finance’ dès le début des années 2000. Il s’agissait de sensibiliser les corps de métiers de la nécessité d’anticiper, de mesurer et de suivre les impacts sociétaux et environnementaux des projets internationaux. C’était innovant. 15 ans après, c’est devenu un prérequis. Plus récemment, j’interviens surtout en tant qu’administratrice d’un réseau de femmes pour pousser la question de la parité et enrichir les prises de décision des décideurs en s’ouvrant à la richesse de la diversité au sein de leurs entreprises. J’interviens également plus activement sur la question de la gouvernance internationale de l’I.A et de l’innovation en défendant une innovation responsable et éthique basée sur la diversité, le respect des libertés fondamentales et tournées vers la résolution des ODD. Dans le cadre de recherches conduites en 2018, j’ai été agréablement surprise de voir que dès 2009 le secteur intergouvernemental international avait mis en place des principes d’innovation responsables en vue de s’assurer que les innovations choisies et développées l’étaient pour le bien commun et pour résoudre les défis internationaux. Malgré des insuffisances, c’est ça une bonne gouvernance. Faire des choix ancrés dans une vision et des valeurs. Interpeller sur la gouvernance, c’est également interroger sur le sens et remettre du sens. Je crois que c’est le défi de nos générations : faire évoluer nos modèles sociétaux en y mettant plus de sens.

La RSE, l’inclusion, la diversité sont-ils au fond des sujets d’actualité ? Qu’avez-vous observé pendant la crise Covid-19 du côté des entreprises mais aussi des pouvoirs publics ? Pensez-vous qu’il faille plus de rigueur, d’un cadre législatif plus strict pour qu’entreprises et organisations s’inscrivent dans un cadre vertueux ?

Les textes existent, les prises de conscience et la volonté politique aussi. Au-delà d’une inflation législative et réglementaire, je pense qu’il faut une responsabilisation individuelle et collective accrue. Au cours des 20 dernières années, les notions de RSE, d’inclusion et de diversité sont devenues des référents et des arguments marketing pour le positionnement des acteurs économiques et sociaux. Il est temps désormais de les mettre en œuvre de façon plus systématique et de continuellement s’interroger sur notre pouvoir d’action à notre échelle. En revanche, je refuse que la diversité et l’inclusion soient vécues comme des contraintes. Continuer d’interpeller les pouvoirs politiques et les acteurs économiques reste crucial car seules les prises de conscience permettront d’établir des changements pérennes et durables.

Post Covid-19, pensez-vous que les bonnes résolutions vont perdurer ?  

Je le souhaite vivement et je suis optimiste. Depuis plusieurs années déjà, nous observons un changement de paradigme replaçant l’Homme au cœur de son habitat naturel et des choix géopolitiques. Le COVID-19 a également permis d’accélérer ce changement de paradigme en favorisant d’autres choix stratégiques des Etats centrés sur les services publics de base et les besoins fondamentaux (santé, nourriture, environnement, énergie). Dans la même logique, malgré des dissensions ou des prises de position isolées, le multilatéralisme a montré toute son utilité si nous voulons transcender des modèles obsolètes et agir de concert. En revanche, comme dans toutes crises, le COVID-19 va mettre en avant, de façon parfois violente et crue, les inégalités, les famines, les incohérences et les ravages de la pauvreté. Nous devons nous y préparer et voir grand.

Pensez-vous que les femmes qui ont été en première ligne tout au long de la crise Covid-19 seront au cœur de la relance pour construire le monde d’après ?

Les femmes l’ont été et le sont souvent. Ce fut le cas pendant la deuxième guerre mondiale. Ce fut le cas pendant le COVID-19. Les femmes sont des acteurs à part entière de nos sociétés. Elles dirigent des pays. Elles dirigent des entreprises. Bien évidemment, les inclure dans les prises de décision au niveau des groupes de travail gouvernementaux et inter-gouvernementaux, mais aussi au niveau des organes de gouvernance des entreprises, est crucial et nécessaire. Le marqueur du genre doit également continuer d’être utilisé de façon transversale dans les politiques publiques puisque les femmes ont également été parmi les plus touchées durant le COVID-19. Le Women’s Forum de la semaine dernière a montré la richesse des initiatives autour des femmes et a proposé des actions concrètes aux gouvernements. Au niveau international, ONU Femmes mais également le PNUD, et d’autres agences internationales, restent conscients de ces disparités. De manière générale, les femmes sont mobilisées et le reste ! Mais pour moi, une société réellement inclusive est une société qui reconnaît et valorise les particularismes sans enfermer les individus dans ceux-ci. La juge de la Cour Suprême des Etats-Unis, Ruth Bader Ginsburg, répondit à une question similaire sur la parité que pour elle l’égalité sera lorsque tous les juges de la Cour Suprême seront des femmes ! Donc, Françoise et Marie-Laetitia, je m’interroge aussi de savoir si cette recherche de l’égalité parfaite entre sexes n’est pas un reliquat du patriarcat m’empêchant de voir une société avec uniquement des femmes au pouvoir (rires).  

Heureuses d’avoir échangé avec vous Virginie, vos convictions et parcours international éclairent encore davantage notre mise en lumière des portraits autour de role-models inspirants, pragmatiques, porteurs de valeurs fortes et ouverts sur le monde.

Françoise Derolez et Marie-Laetitia Gourdin, présidentes du réseau Professional Women’s Network Paris

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